28.03.2007

Canis une espèce envahissante

Pour une politique de biodiversité exemplaire ...

Les collectivités territoriales de Nouvelle-Calédonie ont mandaté l’IRD pour réaliser une expertise afin de déterminer les espèces envahissantes susceptibles de porter atteinte à la biodiversité.

Préambule : Le développement économique, et la mondialisation provoquent des bouleversements inattendus, modifiant les comportements humains. La tendance est au transfert affectif inter-spécifique de l’homme vers l’animal. Celui-ci adoré et choyé est en réalité maltraité et ignoré, dans ses fondements naturels. Cette méconnaissance de l'animal et ce besoin de dominer et de maîtriser la nature peut nous aveugler par un anthropomorphisme exacerbé.

La détermination d’une espèce envahissante se fait en intégrant 2 paramètres
- l’amplitude de sa répartition à travers le monde,
- la dangerosité et l’irréversibilité des risques occasionnés.
A ce titre le chien cumule le plus grand nombre de facteurs à risques dont les plus graves concernent la santé, l’agriculture et la biodiversité.

1 - Amplitude : Tous les continents sont concernés :

La chine après son programme de limitation des naissances est aux prises avec ce déficit affectif des populations qui le compensent par la possession d’un chien. La dangerosité du chien est proportionnelle à son poids. En limitant la taille donc le poids et le nombre d’animaux détenus par un foyer les chinois ont pris une mesure certes impopulaire mais efficace. Le risque de transmission de la rage fut le biais nécessaire pour impliquer les populations (les chiens de petite taille peuvent aussi transmettre la rage).
Le Canada prend en compte la dangerosité résultant d’attaques dont les morsures (73 %) concernent les enfants de 5 à 9 ans (30 %). Le visage est la principale zone atteinte (40,5 %).
selon Agence de santé publique du Canada http://www.phac-aspc.gc.ca/publicat/chirpp.

Les Etats Unis selon l’étude comparative ITAVI-INRA-UMR-DGER Lyon 1 AV. Bougelat 69280 Marcy


Le développement d’une agriculture durable dépend de la politique globale d’aménagement.

En élevage alternatif (“Bio” plein air ou claustration avec label) le chien occupe la plus mauvaise note (4) après les rapaces (4,5).
Ce n’est pas le cas des élevages standards France - Etats Unis

En Australie Le ministère de l’agriculture et des affaires rurales par la voix de Craig Richardson ag.info@omaf.gov.on.ca a étudié l’impact de la divagation de 1400 chiens qui avaient attaqué des animaux d’élevage. Elle a permis de constater que la plupart des propriétaires de ces chiens, lorsqu’ils sont rejoints par les autorités, refusent de croire que leur animal ait pu tuer ou blesser un mouton. Ils sont persuadés que celui-ci est trop petit, trop jeune ou trop gentil pour faire mal.

Iles méditerranéennes « les animaux errants d'espèces domestiques (chats, chiens, chèvres, etc.) et les espèces commensales non indigènes peuvent être les espèces les plus agressives et nuisibles, surtout dans les îles. Leur élimination peut, être une solution pour la gestion de l’environnement» UICN-Université de Corse http://www.iucn.org/places/medoffice/documentos/rapport_islands.pdf

En France le CEMAGREF (Pastum N° 74 - 4e trim. 2003) dresse le bilan des nuisances et problèmes de cohabitation avec l’activité pastorale. Les chiens constituent la première cause de nuisance et de stress envers les troupeaux.

A l’INRA Robert Dantzer http://www.agrobiosciences.org affirme que le la souffrance et le stress ont des conséquences immédiates en termes de sanctions sur la carcasse, des répercussions sur la qualité du produit fini, par exemple les problèmes de viande « pisseuse » ou de viande à « coupe sombre » consécutifs au stress trop important des animaux.

Aux Antilles Ernest MOUTOUSSAMY, président de la commission Environnement Vice-président de la Région Guadeloupe - Conseiller Régional - Maire de Saint-François dénonce les conséquences de la divagation des chiens sur l'élevage, le tourisme, la sécurité, l'environnement. www.moutoussamy.net

En Polynésie française : Stratégie pour la biodiversité : Prévenir l’introduction d’espèces envahissantes : chiens, chats rats etc...
Conférence de la Cité des sciences visant à évaluer l’ampleur du problème de l’extinction des oiseaux en Polynésie Française : Lutter contre les prédateurs on y parle du rat, du chien, du chat...

En Nouvelle-Calédonie
Le Président de la Chambre d’Agriculture a sensibilisé le Procureur de la République et les représentants de l’Etat sur ces problèmes.

Le Président de l’Association Calédonienne des Producteur de lapins s’élève contre la divagation des chiens dans les exploitations. Fléau d’ampleur grandissante, les pertes directes ou dues au stress évaluées pour 1 mois dans la zone du Mont Mou se montent à plusieurs centaines de milliers de franc. Il regrette l’absence de fourrière et de l’application de la législation relative à l’identification des propriétaires. Tandis que l’on consacre des sommes importantes au maintien des cheptels...

Le Président de L’Association de Sauvegarde de la Nature dans un courrier du 14 septembre dernier dénonçait le massacre dû aux chiens (14 cagous et nids de tortues). Tandis que des efforts sans précédents sont consentis pour la préservation des espèces naturelles disséminées (perruche huppée, cagou, pigeon et tourterelle verte).

Sur le plan législatif

L'Assemblée Nationale et le Sénat plusieurs fois saisis se penchent sur la nécessité de légiférer : en matière de déclaration des activités, d'aménagement des locaux, d'exigences sanitaires et de soins. Mesures proposées dans un décret actuellement examiné par le Conseil d'État. Il vise à rendre responsables les acteurs de la filière, à faire prendre conscience aux acquéreurs que les animaux de compagnie dont les chiens, ne sont pas des biens de consommation.
JO du15/08/2006  p 8512 & JO du 19/09/2006  p 9809

La loi n° 99-5 du 6 janvier 1999 relative aux animaux dangereux ou errants et à la protection des animaux avait pour objectif de moraliser les activités liées à l'animal de compagnie.
L’élevage en nombre ou d’animaux de grande taille relève d’une éthique et d’une qualification, conformément à l'article L. 214-6 du code rural, par un certificat de capacité.
Actuellement, seuls les élevages de plus de neuf chiens sevrés doivent respecter les prescriptions.
• la divagation des chiens pourrait être assimilée à un acte de cruauté (par abandon)
• il est question d’améliorer les moyens d'éducation des chiens et de leurs maîtres.
• renforcer les contrôles de terrain par les gendarmes, étendre les pouvoirs du maire...
JO du 5/9/06 page 9255 et JO du 7/11/06 page 11575.

La Convention de Berne : Stratégie européenne relative aux espèces exotiques envahissantes
Son champ d’application concerne tous les groupes taxonomiques y compris virus, prions, bactéries et spécimens sauvages d’espèces domestiques (chat, chien, chèvre etc...)

2- la dangerosité et l’irréversibilité des risques occasionnés

Les propriétaires de chiens en divagation mettent en péril :

- La sécurité de nos enfants, l’étude canadienne référencée le démontre, le Ministre de l’agriculture précise : « de nombreux chiens peuvent infliger des blessures, en particulier aux enfants, sans appartenir nécessairement à des races de type molossoïde. »
(Madame Dinoire Greffée du visage fut mordue par un Labrador)
- Sur le plan de l’hygiène, le SIVAP insiste sur la nécessaire obligation d’établir un plan de lutte contre les animaux indésirables.
A ce titre les chiens représentent un risque comparable à celui des rongeurs qui font l’objet d’une lutte incessante. Le passage des parvoviroses aux chiens n’est plus à démontrer. On peut aussi leur attribuer la transmission de la leptospirose (30 %). On sait que la truffe et la salive sont les agents vectoriels de transport mécanique des virus.
Les chiens au même titre que les rongeurs sont vecteurs de maladies, avec un rayon d’action bien plus large. Ils divaguent entre exploitations ou élevages familiaux. Le stress qu’ils engendrent a des conséquences néfastes sur la reproduction et la qualité de la viande.

En Nouvelle Calédonie “ le Mont Mou ” représente un risque majoré si l’on considère :
• qu’il intègre une réserve intégrale, une réserve botanique et une réserve forestière dans lesquelles la végétation et la faune sauvage sont mis en péril notamment au cours des week-end. La divagation des chiens rend impossible la reproduction des colombidés, perruche huppée et cagou nichant à proximité du sol.
• qu’il est situé à proximité d’une forte concentration urbaine
• qu’il regroupe dans un rayon inférieur à 3 km les plus gros élevages du Territoire dont certains sont uniques (porcs, pintades, lapins, pigeons). Imaginons les conséquences d’une épizootie avec constitution de zones de protection de 3 km et de surveillance de 10 km ! ...
(211 millions de F sont proposés au titre de la prévention de la grippe aviaire)

A la lumière de ces éléments, l’AFSSA considère que le confinement des animaux d’élevage, en ce qu'il empêche le contact direct entre les oiseaux sauvages, est efficace pour réduire le risque d’infection de ces dernières par le virus IA, mais qu'il n’est rien sans les mesures de biosécurité qui doivent absolument l’accompagner. Ces mesures doivent avoir comme résultat d’empêcher la pénétration de matières contaminées (boue, plumes, poils...) dans le bâtiment. Les chiens errants constituent le principal vecteur commun à ces exploitations et la zone mise en réserve.
Le risque est une résultante qui implique la dangerosité et la fréquence de l’évènement.
Je vous laisse le soin de déterminer la part de risque que l’espèce canis prend dans la politique de protection de la biodiversité que vous entendez adopter.
Enfin, je m’étonne que le collège d’experts que vous avez mandaté ait pu négliger le chien dans la liste des espèces envahissantes, attendu que le chat y figure en bonne place. L’explication relève sans doute du contexte socio-culturel qui nous imprègne mais biaise toute prise de décision.
Pour être efficace, celle-ci nécessite obligatoirement des mesures :
- d’information du public, et de la participation des autorités, agriculteurs et associations.
- de l’inventaire exhaustif de la réglementation existante et sa mise en application réelle.
- d’une adaptation de la législation concernant des mesures équilibrées et cohérentes (le nombre d’horticulteurs... n’égale pas le nombre des possesseurs de chiens) Il s’agit surtout de responsabiliser en introduisant les notions de bien être des animaux, d’hygiène et de capacité.

Naturel, artificiel ...

Définir le naturel par rapport à l’artificiel

Naturel signifie de naissance, c’est l’inné qui s’oppose à l’acquit ou à l’artificiel, ce dernier découlant d’un processus résultant de l’activité humaine.
Si le feu peut être un phénomène naturel, la cuisson des aliments ne résulte que de la manipulation des hommes. Il en est ainsi de l’agriculteur par rapport au chasseur / cueilleur.

Qu’il s’agisse du règne minéral, végétal, animal, l’observation nous montre que l’univers n’est pas stable. Chaque élément surtout s’il est vivant interfère avec les autres, s’affirmant le cas échéant vers une suprématie temporelle, toujours remise en cause par l’entropie caractérisant cet univers. Dans la soupe primitive, les énergies et le hasard vont former les premières molécules organiques. Elles sont à l’origine du matériel génétique (ADN) d’organismes qui ne cesseront d’évoluer par combinaisons, et réorganisations multiples. Les modalités de ces échanges seront de plus en plus sophistiquées. L’artifice de la sexualité favorisant notamment la création d’Organismes Génétiquement Modifiables.
La physionomie de la terre quant à sa végétation date du tertiaire, époque de domination des angiospermes qui supplantèrent les gymnospermes. A la fin de cette période Homo habilis puis Homo erectus vont s’approprier le feu, ils chassent, cueillent créent des objets d’art. Ils s’imposent des tabous et créent les religions. Les notions de bien, de mal ou de supériorité qui n’existent pas dans la nature vont permettre d’implanter les prémices de clivages ultérieurs, tels que celui séparant le naturel de l’artificiel.
L’ère suivante se caractérise par une explosion démographique, des migrations et invasions biologiques à travers les continents, la maîtrise de l’agriculture, de l’élevage l’usage des métaux : c’est l’artifice-ère.
A l’instar de tout être vivant et de façon naturelle l’homme va s’approprier l’environnement disponible. Il est prévisible que la courbe de son expansion soit comparable à toute celle observée dans un quelconque écosystème (phase de latence, exponentielle de croissance puis déclin).

Il en résulte que c’est la pensée qui biaise le rapport à la nature, du fait cette combinaison de gènes capables d’aboutir à l’auto-destruction, ce qui somme toute n’est que l’accomplissement naturel de toute l’évolution.
La supériorité du naturel est une notion humaine purement artificielle.

Le naturel peut alors se définir comme ce qui résulte d’un univers sans homme, à moins que l’intervention de celui-ci soit consacrée par la coutume.

26.07.2002

De l’usage des pesticides

1- De l’usage des pesticides : formation, déontologie, éthique

1.1 De l’usage des pesticides
L’usage de pesticides a contribué à nourrir et soigner la population mondiale qui ne cesse de progresser (de 3 milliards en 1950 à 6 milliards en 2000).
Le nombre des produits phytopharmaceutiques, leur toxicité et les moyens de diffusion concernent l’ensemble de la planète. Se pose un problème relativement nouveau celui de la toxicité chronique que l’on ignorait ou feignait d’ignorer jusqu’à présent.
La mise au point de nouvelles techniques analytiques, permet aujourd’hui de détecter des traces infinitésimales de l’ordre du pico-gramme, tandis que l’Union Européenne en reste au micro-gramme1 sans tenir compte de la toxicité relative des substances qui peuvent interférer entre elles.
Le sujet qui nous préoccupe ne se rapporte pas à des considérations techniques, mais pose le problème de la recevabilité restrictive de la législation.
Considérons le mode rédactionnel de la directive suivante (aujourd’hui abrogée).

Directive 76/895/CEE du 23/11/1976 fixation des résidus de pesticides sur et dans les légumes 2 :
Attendu << que l’utilisation de pesticides chjavascript:;imiques constitue un des moyens les plus important pour protéger les végétaux et produits végétaux des effets des organismes nuisibles {...} Étant donné qu’il s’agit en général, de substances toxiques ou de préparations à effet dangereux ; considérant qu’un grand nombre de ces pesticides ou de leurs produits de métabolisation ou de dégradation peuvent avoir des effets nocifs pour les consommateurs ; considérant que ces pesticides ne devraient pas être utilisés dans des conditions pouvant présenter un danger pour la santé humaine ou animale {...} Considérant que toutefois que les teneurs fixées sont susceptibles de s’avérer soudainement dangereuses pour la santé ... >>.

Article 1er : La présente directive concerne l’alimentation des hommes ...
Article 9 : ... ne s’applique pas aux produits destinés à l’exportation vers des pays tiers.

Cette directive :
• préconisait l’usage de poisons à des doses compatibles avec les objectifs du court terme, mais pouvant se révéler dangereuses au fil du temps.
• vise à protéger les ressortissants de la Communauté, se limitent à ses frontières, sans considérant pour la notion de citoyen du monde.

Un problème d’éthique est posé, nous allons nous expliquer par le biais d’un parallèle entre les professions de santé...

1.2 Formation du personnel de santé
Les soins dispensés dans le domaine médical, (qu’il s’agisse de médecine humaine ou animale) nécessitent un apprentissage long. Les professionnels concernés reconnaissent un code de déontologie ;
Qu’en est-il pour les agriculteurs et apprentis phytothérapeutes ?

La société de phytiatrie pronostiquait en 1951 cette tendance :

<< Nous engageons une action qui a pour but
l’organisation pratique du troisième compartiment de la médecine après celle des hommes, des animaux, celle des végétaux >>


B. Ledroit soutenait en 20003
<< qu’ Il est donné à quiconque la vertu de pratiquer la phytopathologie sans connaissance préalable dans un contexte tel, qu’il peut dorénavant compromettre gravement, durablement et de façon irréversible la pérennité de l’individu, de la collectivité ou de la planète. >>

L’agriculture en effet, ne pas fait pas l’objet d’une reconnaissance comme celle des professions de santé, respectueuses d’une déontologie définie au sein d’un ordre professionnel.
Les actes de la profession sont en France dictés par la loi 92-533 du 17 juin 1992 qui impose aux distributeurs et applicateurs de produits phytosanitaires un agrément délivré pour 5 ans ; dès lors qu’ils attestent de leur compétence, notamment par la production d’un diplôme.
(L’annexe de l’arrêté du 26 octobre 1998 précise la liste des diplômes permettant d’obtenir le certificat des applicateurs et distributeurs de produits phytopharmaceutiques) 4 .
Dans la pratique la portée de cette formation n’a rien de commun avec celles dispensées en médecine humaine ou animale. Tandis que les produits utilisés en agriculture sont plus dangereux et qu’ils affectent l’ensemble de la population. Nous savons également que certains pesticides compromettent la pérennité des espèces.
L’Institut de médecine légale de Strasbourg publiant en 1999 ses résultats 5, introduisait le sujet de la façon suivante :
<< Chez l’homme, la toxicité chronique des pesticides est mal connue, mais des risques de réactions cutanées, de toxicité respiratoire, de toxicité rénale, neurologique et de maladies dégénératives du système nerveux central, d’immunotoxicité, de cancers et d’effets sur la fertilité ont été décrits. >>

1.3 La déontologie peut être prise en défaut
La déontologie est ce qu’il convient de faire... elle se réfère à l’ensemble des règles morales des professions organisées (médecins, architectes vétérinaires, notaires) à qui l’individu confie ses biens les plus précieux notamment sa santé.
Tandis que le médecin utilise des médicaments en usage individuel, délivrés sous le contrôle du pharmacien ;
L’agriculteur se procure librement des poisons sans suivi ni contrôle. Aliénant par ses épandages des aliments destinés à la consommation de toute une population.

Pour se fixer les idées :
L’atropine, est l’antidote des pesticides organo-phosphorés, d’un usage strictement contrôlé : - ordonné par le médecin
- délivré par un pharmacien,
- administré à la dose unitaire de 0,25 mg.
Le médicament inscrit sur liste des produits dangereux 6 est détenus dans des locaux appropriés sa prescription doit être enregistrée.

L’endosulfan 7 insecticide (toxique inscrit au tableau “A”) est beaucoup plus dangereux, la dose admissible tolérée est de 0,006 mg reste en vente libre dans de nombreux pays (il est aussi interdit chez ceux qui en fabriquent). Tout acheteur peut se procurer de Paris à Nouméa le produit par bidon de 20 litres et l’utiliser à son gré.

Le Codex alimentarius répertorie 197 pesticides dont 30 inscrits au tableau A , il dénombre également 53 médicaments : aucun ne figure au tableau A.
Ce qui laisse à penser que l’usage des produits les moins dangereux est réservé aux spécialistes.

La déontologie ne suffit pas si les hommes ne témoignent pas d’une capacité à résoudre les problèmes d’éthique qui se poseront immanquablement et de plus en plus souvent dans leurs entreprises qui affectent aujourd’hui l’ensemble de la planète.


1.4 L’éthique n’a pas pris le relais : L’éthique8 est un héritage culturel de plusieurs millénaires relatif à la morale et aux mœurs. Depuis les années 80 on constate que cet héritage doit être adapté de façon permanente. La mondialisation 9 relayée par la communication alimente quotidiennement notre réflexion ébranlant les principes légués par les anciens.
Cependant l’éthique ne peut être universelle, elle se rapporte à une culture et une époque, elle est fluctuante et s’envisage sous la forme de problèmes posés à l’homme dans ses entreprises.

Le souci d’éthique ne doit pas être confondu avec la formulation des règles de conduite propres à la déontologie. Il relève d’un comportement qu’il faut adopter sur le champ devant une situation qui pose problème, que n’aurait pas résolu la norme en vigueur.

La prolifération des molécules dangereuses et les comportements associés obligent à une remise en cause des critères traditionnels parmi lesquels on ne distingue pas toujours le bien et le mal.

Agis de façon que les effets de ton action
- soient compatibles avec la permanence d’une vie sur terre,
- ne soient pas destructeurs pour la possibilité d’une telle vie
- ne compromettent pas les conditions pour la survie de l’humanité
- Inclus dans ton choix l’intégrité de l’homme. H. Jonas

L’éthique est enseignée dans les pays anglo-saxons depuis 30 ans. En France la notion n’a pénétré que le monde médical.

La législation française n’est pas adaptée. Elle fait valoir essentiellement la propriété privée 10 en se focalisant sur l’argent elle reste incohérente quand elle néglige les biens communs (l’air et l’eau et le sol ) qui peuvent être accaparés ou transformés en vecteurs de risque chimique capables de nuire à d’autres intérêts particuliers...
Sans vraiment chercher à reconnaître l’origine des troubles. Il va de soi que le pollueur modifie la nature du bien commun, pouvant le rendre impropre à son usage habituel.

Jean Ladrière 11 spécialiste de ces notions précise que dans un passé récent l’éthique ne reposait que sur le “ spéculatif ” pris dans le sens de bénéfice et d’intérêt (c’est ce qui explique le style rédactionnel du code pénal français fondé par une approche utilitariste de l’individu).
Aujourd’hui l’éthique doit être considérée comme une démarche spéculative selon le sens philosophique impliquant une appréciation globale sur les conséquences d’un acte.

Hans Jonas, dans Le principe de responsabilité écrit :
<< La réflexion éthique est ressentie dans la pratique de façon incertaine car nous sommes confrontés à des situations nouvelles obligeant à la réinterprétation des normes qui devraient normalement nous guider vers un avenir plus sûr. Nous constatons avec une fréquence sans cesse croissante que la rupture dans le rapport entre l’homme et la nature oblige un nouveau devoir moral de sollicitude envers la nature >>

J. Ladrière nous invite à considérer dans une situation qui pose problème, le caractère “existentiel ”
qui se caractérise comme les Principes fondant la loi, par une dimension supérieure à celle-ci.

Nous en retirons une méthode convenant à la prise de décision, passant au crible trois critères identifiant la cause existentielle : la corporalité, la temporalité, et l’altérité. S’ils sont conjugués la loi doit s’effacer et permettre la prise de décision.

La corporalité (corps de l’humanité ) touche à l’existence, c’est à dire à l’héritage bâtit et légué par nos ancêtres. (La loi n’est pas faite pour exister mais pour que nous existions)
La temporalité fait que cette existence doit s’envisager en destinée. Une décision (acte ponctuel) doit être porteuse du vouloir de préserver l’être dans son intégralité... (La loi est faite pour nous continuions à exister)
L’altérité commence par soi même et assume celle d’autrui. La signification existentielle d’une décision affecte l’individu qui la prend et celle de toute la communauté. (la décision est un acte d’ingérence)

Dans une situation problématique, (carence de la déontologie défaut de la loi, absence de règlement) il s’agit de savoir si la situation compromet chacune de ces trois dimensions, l’affirmative justifie la décision à portée existentielle.


Le préambule de la directive de la CEE relative aux résidus de pesticides dans les fruits et légumes pose un problème existentiel : bien qu’elle se réfère au possible, en visant le respect de l’existence de ses ressortissants ; elle affecte la trilogie par exclusion d’une une part de l’humanité compromise par un défaut de citoyenneté.

1.5 Proposition
L’usage de pesticides dangereux pose le problème de la pérennité de l’espèce humaine. Vu le nombre de substances en usage il semble que l’élimination des molécules les plus nocives ne poserait pas de souci aux agriculteurs. C’est ainsi que l’on pourrait dresser la liste des polluants à bannir dans l’alimentation en interdisant l’usage de :
- l’ensemble des produits classés au “tableau A” (Liste 1 de la classification française)
- dont les 38 pesticides figurant parmi les 100 produits les plus dangereux pour l’espèce humaine, selon Agency for toxic and Diseases Registry ATSDR.

2 - Quelques exemples concrets :

2.1 ) La législation des pays développés vise à garantir la santé de leurs seuls ressortissants.
Nous avons vu que la juxtaposition des articles 1 et 9 de la directive 76/895/CEE relative à “ la fixation des résidus dans les légumes ” révélait un problème d’éthique, par exclusion d’une partie de l’humanité des avancées réglementaires reconnues nécessaires, au bien être des hommes.
Il en est de même de la directive 82/471/CEE du 30 juin 1982, concernant
“ certains produits utilisés dans l’alimentation des animaux ”
Ses attendus consolident cette inquiétude :
<< Considérant qu’il convient de ne pas appliquer les règles communautaires aux produits en cause ou aux aliments des animaux contenant ces produits destinés à l’exportation vers les pays tiers, ces derniers possédant généralement des réglementations différentes. >>...

Tandis que les populations des pays moins développés souffrent encore des pesticides organo-chlorés interdits “ chez nous ” depuis de nombreuses années (1972 pour le DDT).
La préoccupation constante de recherche de bien être ne concerne pas l’humanité mais la citoyenneté, cette dernière constituant paradoxalement12 un motif d’exclusion.

2.2 La précocité pubertaire des enfants immigrés pose problème
C’est ce que nous ont révélées les journées internationales de toxicologie hospitalières tenues à Liège les 25-26 octobre 2001.

Les populations contaminées par des poisons fabriqués dans les “ États Unis d’Europe ou d’Amérique ” font l’objet de préoccupation à l’instar de leur récente installation au sein de nos communautés.

Ce sont les pesticides organo-chlorés qui sont incriminés.
La publication du service de toxicologie clinique du CHU de Liège13 nous révèle qu’entre 1989 et 1997, 145 patients ont été pris en charge pour puberté précoce, 28 p. cent de ceux-ci étaient d’origine étrangère provenant de pays en voie de développement. C’est ainsi que l’incidence de ce dysfonctionnement est de 0,8 % chez les enfants immigrés contre 0,01 % chez les enfants natifs de Belgique.
L’étude implique des facteurs environnementaux, les dérégulateurs endocriniens, notamment le DDT et ses dérivés.
Notons que des enfants concernés nés en Belgique ont été contaminés par le lait de leur mère, celle-ci provenant de pays en voie de développement, la contamination par le DDT ayant eu lieu dans leur pays d’origine.

2.3 Les pesticides perturbateurs endocriniens (journées internationales de toxicologie hospitalières)

La communication de Corinne Charlier conforte des hypothèses qui pour la plupart sont devenues des faits avérés relatifs aux cancers mammaires et testiculaires, et à l’hypo-fertilité masculine.
Elle rappelait ce qui constitue une invective posant aussi un problème d’éthique :
<< Les entreprises, mais aussi les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités entre la nécessité de mieux encadrer le développement industriel et l’obligation de conserver la qualité de la vie >>.


2.4 Les intoxication à l’aldicarbe préoccupent le Nord de la France
(journées internationales de toxicologie hospitalières)
Cette communication émane du Centre antipoison et de l’Institut de médecine légale de Lille 14 affichant les résultats suivants :
(2 tableaux de chiffres ...)


2.5 Le ministère relativise les chiffres sur la présence de pesticides dans les fruits et légumes

La publication de la Commission Européenne15 montrant que la présence de résidus de pesticides dans la moitié des fruits et légumes* consommés en France a donné lieu a des réactions contrastées sur l’enquête qui portait sur 40 000 échantillons, révélant que 41 % des produits analysés contenaient des résidus de pesticides et 8 % dépassaient la limite autorisée.
Ces résultats placent la France au dessus de la moyenne européenne...

Le ministère précise pour se défendre :
<< si le résultat de 1999 est supérieur à la moyenne il est difficilement comparable entre États, compte tenu de différences dans les types de prélèvement effectués {...}
Ce programme porte sur des segments de marché {...} L’échantillon retenu pour la France ne peut pas être considéré comme représentatif de la consommation nationale {...} Pour la production nationale les résultats moyens dépassant les limites maximales sont de l’ordre de 3 % à 4 % >> .

Ces faits n’ont pas ému les consommateurs, car la fibre sensible n’est qu’émoustillée, elle le serait davantage s’il s’agissait d’eau, de lait, d’aliments pour bébé ...)
Elle la été si ce lecteur
- fait partie intégrante des 4 % de victimes atteintes par ces produits.
- si les malformations congénitales, cancers, anomalies de la reproduction, grossesses à problème ont pu le toucher ou atteindre son entourage...
il estimera alors être dans un cas de figure comparable à celui des victimes de l’amiante.
La différence essentielle entre l’amiante et les pesticides porte sur le nombre des particules ou molécules mises en causes. Le milliers de pesticides périgrinant autour de la planète peut interférer de façon synergique ou potentialiser les effets dévastateurs.
Les effets ne se révèlent parfois qu’à partir de la troisième génération. Les premières utilisations agricoles des pesticides constituaient une retombée de la mise au point des armes chimiques utilisées durant les guerres (organo-phosphorés cousins des gaz de combat en Europe, Désherbants hormonaux de la famille de l’agent orange au Vietnam, utilisé en tant que défoliant).

Le “ principe de précaution ” voudrait que sans attendre on interdise l’ensemble des molécules inscrites sur les tableaux A et C (liste 1 et 3) représentant la panoplie des produits les plus dangereux.
Le nombre des molécules moins dangereuses (non inscrites sur l’une de ces listes) est encore suffisant pour pratiquer une agriculture consommable.


2.6 Les accidents du travail : Petit jeu de l’astérisque *

Dans un article portant sur les risques de l’amiante (Le Monde du 8 août 2001) nous avons remplacé le mot“ amiante” par “ pesticide ” pour obtenir la rédaction suivante :

<< Accidents du travail : Les entreprises sont de plus en plus nombreuses à être condamnées pour avoir commis une “ faute inexcusable ” en exposant leurs salariés aux pesticides. Les Juges estiment que même si les pesticides sont interdits depuis 1997, les grandes entreprises qui en fabriquaient ou qui les utilisaient massivement ne pouvaient ignorer les effets. >>

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